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Le Mali, dans les griffes d’AQMI: Comment la France prépare l’indépendance de l’Azawad

Aujourd’hui le Mali est plongé dans un chaos intégral.

L’intervention armée des pays de l’Afrique de l’ouest pourra peut-être rétablir une paix précaire. Mais les problèmes de fond, qu’ils soient religieux, économiques ou politiques, ne seront pas résolus pour autant et il est certain que la guerre civile recommencera un jour ou l’autre. Ce dont on peut néanmoins être sur, c’est que la misère sera encore plus insupportable pour les Maliens survivants et que pour les Français, le Sahel et le Sahara leur seront interdits pour longtemps.

Madeleine Bollenger (France 24) passa le mois de décembre 2010 en formation à l’ambassade de France. Dix heures par jour, sept jours sur sept. Un ethnologue lui parla des Touaregs, de leur mode de vie, de leur culture, de leurs croyances, de la façon de les apprivoiser et de forcer leur réserve. Il précisa que l’identité de ce peuple ne se définissait pas par une couleur de peau  ni par un type ethnique mais par une langue, le tamasheq, un mode de vie, une culture. Le tout immuable et profondément ancré. Ces gens possèdent un code du comportement  appelé «tekarakayt», que l’on traduit ordinairement par «réserve» ou «pudeur». On pourrait dire aussi «respect des convenances».

D’après lui, c’était cette retenue qui poussait les hommes à porter le voile. Le voile, le «taguelmoust», est un des éléments d’identité les plus forts, communs à tous les hommes, et la manière de le porter signe à la fois l’origine de la tribu et le rang social. Madeleine qui, grâce à son précédent métier, était à l’aise avec les Arabes et les Noirs, ignorait tout des Hommes Bleus. Un attaché militaire  lui parla ensuite des causes profondes de la rébellion. D’après lui, leur origine remontait en 1958. Les deux millions de Touaregs qui occupaient le Sahara central depuis deux mille ans, avaient très mal vécu la colonisation, car même si l’administration française les laissait libres de leurs mouvements, elle les défavorisait au profit des populations sédentaires.

Au moment des discussions pour l’accession à l’indépendance des pays de l’Afrique de l’Ouest, les Français élaborèrent un projet dans le but de rattacher les territoires Touaregs à l’Algérie française. Les Touaregs, préférant fonder le Mouvement Populaire de l’Azawad (MPA), dans l’espoir d’accéder à l’indépendance en même temps que les autres. Ils étaient en bonne voie, quand en 1960, l’éclatement de la Fédération du Mali ruina cet espoir. Une première révolte éclata en 1963, sauvagement réprimée par l’armée malienne qui bombarda les campements et procéda à des exécutions sommaires de civils. Sentant qu’ils étaient désorganisés et mal entrainés, les combattants Touaregs du Mali, du Niger et d’Algérie partirent se former en Palestine, au Liban, en Syrie, en Afghanistan.

D’autres s’enrôlèrent dans l’armée de Kadhafi. Ils revinrent au pays au milieu des années 80 avec la volonté de reprendre la lutte armée. Iyad Ag Ghali prit la tête de la résistance et en 1990, attaqua les garnisons de Ménaka et de Tidermène. La riposte fut de nouveau sanglante, mais Iyad Ag Ghali continua la guérilla, harcelant le pouvoir jusqu’à le forcer à des négociations. Un cessez-le-feu fut proclamé fin 91. Des accords de paix furent signés quatre ans plus tard, promettant le développement économique de l’Azawad et l’intégration des Touaregs dans la société malienne. Mais le gouvernement malien ne tint pas parole et l’Azawad ne fut jamais valorisé.

En 2007, la révolte reprit, suivie des mêmes répressions.

En 2011, le chef rebelle Ibrahim Ag Bahanga qui harcelait de plus en plus l’armée régulière, fut tué à Kidal, dans un accident de voiture, vraisemblablement organisé conjointement par les services secrets maliens et algériens. D’autres prirent sa place. A ce jour, une nouvelle insurrection se prépare. Elle sera à coup sûr plus violente car les rebelles sont maintenant équipés des armes lourdes de Kadhafi. Leur faiblesse est de ne pas avoir d’unité politique et d’être divisés par la tendance islamiste d’Ag Ghali. Le même historique et le-même prédiction peuvent être faits pour le Niger. Tout le Sud saharien est devenu une bombe à retardement.

Avec ces éclaircissements, Madeleine comprit enfin le problème. Ces rebelles, que tous les médias traitaient de bandits armés, étaient en réalité des indépendantistes. La fin de la première quinzaine fut consacrée à une formation médicale sommaire. Un toubib lui inculqua les bases de son art : les pathologies de la région, leurs symptômes, les rudiments d’examen clinique, les questions à poser pour préciser le diagnostic et les thérapeutiques à appliquer.

L’art de soigner n’était évidemment pas ce qu’on attendait d’elle en premier lieu, mais elle y serait confrontée en permanence. Tout voyageur qui parcourt le Tiers-monde sait que les populations demandent avant tout des médicaments. Le médecin insista sur le fait que l’important n’est pas de sauver les malades. Bien souvent on arrive trop tard. Si on réussit tant mieux, mais si on échoue, la mort est pour eux une fatalité. Ce sont des musulmans.

L’important, c’est de les soigner. C’est un des meilleurs moyens de les mettre en confiance. Madeleine qui, au départ était venue pour une action humanitaire, se sentit  très mal à l’aise quand elle prit conscience qu’elle devrait soigner les gens pour mieux les manipuler. Cette fourberie faisait partie de sa mission, mais c’était dur à admettre et plus encore à faire. La dernière semaine, une équipe de l’AFP lui fournit les rudiments du métier de reporter, en insistant sur les qualités dont elle aurait à faire preuve pour paraitre crédible.

De retour à Gao, Francis  la briefa encore deux jours sur les objectifs de la mission, ses risques d’échecs, ses dangers et les manières de les éviter. Au matin du troisième jour, il l’introduisit dans une pièce du sous-sol, ou s’entassaient des cantines métalliques. J’ai rassemblé ici tout le matériel dont vous aurez besoin. Elle réprima sa surprise devant le volume qu’elle allait devoir emporter. Francis se mit à faire l’inventaire :

- Avant  tout, venez jeter un coup d’œil à votre véhicule, dit-il en l’entrainant vers un soupirail. C’est volontairement que je vous donne un  Land pourri. D’abord parce que  France 24 n’est pas censé vous donner mieux et surtout parce que plus un véhicule est neuf, plus  il attire l’attention. Elle fit un signe entendu. Par expérience, elle le savait déjà.

- Le gars que vous voyez à coté, c’est Amino, votre chauffeur.

- Amino, quel joli nom !

- C’est le diminutif de Mohamed Ali. Il est de Kidal et connait  la région comme sa poche. Vous lui dites ou vous voulez aller, il fera le reste. Pour lui, vous êtes une journaliste en charge d’un reportage sur la rébellion. Il en a déjà accompagné plusieurs et saura vous assister pour les prises de vue. Questions sécurité du matériel, il a l’ordre de rester jour et nuit à proximité du 4X4. Vous pouvez-lui faire confiance.  (…) Ils se rapprochèrent des cinq cantines. Il les ouvrit et commença l’inventaire.

- Cette malle bleue, là, c’est votre matériel de bivouac : natte, duvet de montagne, laines polaires, des pastilles pour purifier l’eau. Ne vous servez de la tente qu’en cas de vent de sable. Plus on est rapide pour lever le camp, mieux ça vaut. Portez ce voile quand vous serez dans un campement. Veillez à ne pas avoir d’attitude provocante avec les hommes, sinon les femmes vont vous pourrir la vie. Soyez rassuré sur ce point. J’ai l’expérience de l’Afrique Noire. Je connais leurs pensées quand ils regardent une blanche. Alors vous savez à quoi vous en tenir. La  différence avec un Noir, c’est qu’un Targui qui aura envie de  vous sauter ne vous harcèlera pas. Ils sont trop respectueux des femmes …Ceci dit, ici comme ailleurs, les langues se délient mieux sur l’oreiller. Donc si vous pensez qu’une relation vous facilitera le boulot, vous pouvez le faire, à condition que les femmes sachent que ce sera éphémère.

- Ça va de soi. Je dois semer la zizanie entre factions, pas dans les couples !

- Bon, continuons… Les trois cantines rouges contiennent des vivres pour trois mois. Des conserves, des pâtes, du riz, du thé et du sucre. Il n’y a pas mieux qu’un thé pour nouer des relations. Pour le reste, n’hésitez pas à le distribuer. Ils vous inviteront plus facilement à partager leurs repas. Achetez-leur une chèvre. Cela donne chaque fois lieu à une fête.

A propos de fête, il y a aussi trois caisses de whisky. Ils sont théoriquement musulmans, mais cela ne les empêche pas de boire  de l’alcool. Un homme sur deux boit en cachette, un sur vingt est alcoolique. Donc, bien que ça facilite les contacts, donnez de l’alcool avec parcimonie. Si vous tombez sur des flics, mettez 10.000 francs CFA dans votre passeport et dites que l’alcool est pour vous. Ça devrait résoudre le problème. Madeleine fit une moue de connivence Francis continua la revue.

- Dans ces deux caisses, les médicaments. On a déjà du vous dire que c’est une clé d’entrée. Je vous ai mis des analgésiques opiacés pour les douleurs aigues. Faites gaffe au vol. Si vous dites que vous en avez, ils vont vous les piquer. Là, vous avez des masques hygiéniques, des gants, du lait pour bébé, des vitamines et de quoi faire des plâtres.

- Dans cette grande caisse, j’ai mis votre matériel de reporter. Un Nikon 700, des cartes mémoires, un charge-batterie 12 volts, deux objectifs. Attention au sable quand vous les changerez, sinon pas de soucis, il est étanche. Là, dans cette mallette, un magnétophone. Il entre à l’aise dans la poche de chemise mais il peut emmagasiner deux cents heures de conversation à condition de surveiller l’état de la batterie. Il manipulait les appareils au fur et à mesure. Madeleine essayait de mémoriser les informations aussi vite qu’il les débitait.

– Ça, c’est une caméra vidéo et ça, un satellitaire qui vous permettra d’envoyer vos films et vos photos à l’AFP, ainsi que des mails. Il enverra automatiquement un double à la DGSE. Envoyez-les régulièrement. D’une part, parce que ça fait partie de votre couverture et d’autre part, parce que les analystes de la DGSE vont tirer parti de vos reportages. N’appelez personne d’autre que l’AEP. Il lui tendit une ceinture de trekking.

- J’ai rangé là-dedans, votre carte de presse, 500.000 FCFA, 3.000 euros et 3.000 dollars. C’est une avance sur vos appointements. Vous devrez vous charger de tous les frais, soyez donc prudente dans vos dépense et planquez en permanence cet argent sur vous, en plusieurs endroits. Dernière chose : vous voyez cette puce ? C’est un microémetteur, à utiliser qu’en cas de grosse difficulté. Pour l’actionner, serrez-le fortement. Il va émettre un signal qui nous permettra de vous localiser. Si vous êtes en difficulté, avalez-le et surveillez que vous ne l’éliminez pas. On vous retrouvera. C’est clair ?

-  Cinq sur cinq. Quelle est son autonomie ?

-  Cinq à six mois. Bon, je crois vous avoir tout dit .Vous êtes parée ?-Vous en doutez ?

-  Pas du tout. Ça va aller.

- Evidemment.

- Vous avez fait bonne impression à l’ambassade. Je crois que vous êtes plus solide qu’on pourrait le croire à première vue.

Extrait de Le Sable et le sang de Gilbert Petit

Source: Inter de Bamako 30-03-2015

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