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Intime conviction : Quand le Gatia menace le jeu d’intérêts de la France dans le nord malien

«À quelque chose malheur est bon», dit l’adage.

La reprise de Ménaka aux narcotrafiquants et la réaction de la Minusma intimant presque l’ordre au Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia) de quitter les lieux pour que le Mnla et alliés s’y installent ont sans doute ouvert les yeux à beaucoup de Maliens. Ils sont nombreux à comprendre que la Minusma et la France ne sont pas si neutres au front.

En la matière, la Minusma se réfère au cessez-le-feu de mai 2014 et fait fi de l’Accord de Ouagadougou (Burkina Faso) qui stipulait pourtant le cantonnement de toutes les forces rebelles. Un cantonnement qui n’a jamais été effectif à cause de «l’impuissance» de la Minusma et surtout de la complaisance voire de la connivence de la France. Ce ne fut jamais une mission essentielle aux yeux de l’Opération Serval. Barkhane s’est inscrite dans la même logique. Et tout le monde sait presque pourquoi ? Quel est d’ailleurs le vrai rôle de la France dans la crise malienne voire dans l’embrassement de la bande sahélo-saharienne ? La question est sans doute naïve pour les experts de la géostratégie !

Mais, la vérité sur ce rôle est capitale pour le Malien lambda qui ne cesse de se la poser à longueur de journée. Après les récents événements à Ménaka, Léré, Diré… et la prise de position de la Minusma voire de la médiation, ces Maliens commencent visiblement à comprendre et à dénoncer la présence de la force onusienne au Mali parce que sa neutralité est plus que jamais douteuse. «Nous avons accueilli François Hollande en héros, en libérateur… Mais, aujourd’hui, nous voyons qu’il nous a délivrés des terroristes pour mieux nous livrer aux criminels réunis au sein de la Coordination des mouvements de l’Azawad (Cma). Pour quelle raison ? Il est le seul à savoir cela», nous disait un habitant de Ménaka après la «libération» de sa ville par le Gatia. Une ville libérée de ces mouvements qui sont au cœur du terrorisme et du narcotrafic au nord du Mali, voire dans la bande sahélo-saharienne. Et la Minusma ne fait que dire ce que la France souhaite dans la discrétion des salons feutrés de cette diplomatie des tranchées.

Comment déjoue le complot des narcotrafiquants ?

Un constat qui amène la dynamique Oumou Sall Seck, la maire de Goundam citant un adage songhaï sur sa page Facebook, «quand ceux qui t’aident à chercher ton aiguille perdue dans le sable ont le pied posé dessus, tu ne le retrouveras jamais». Une évidence voire une lapalissade ! «Il est temps que le monde entier comprenne que nous sommes victimes d’un complot organisé par des narcotrafiquants qui financent les rebelles et leur dictent leur comportement», disait-elle avec l’amertume de la victime convaincue de la connivence entre celui qui est supposé la protégée et son agresseur. L’édile de Goundam exhorte la communauté internationale, particulièrement la France, à «nous aider à nous débarrasser du serpent à deux têtes». Nous avons envie de dire à cette brave femme leader que tout le monde est conscient que le nord du Mali est devenu un camp d’entraînement des terroristes et un transit de drogue.  Tout comme la France et la Minusma savent pertinemment que l’indépendance de l’imaginaire Azawad n’est qu’un prétexte pour bâtir un no man’s land propice aux trafics d’armes et de drogues. Que le nord du Mali devienne un hub international du trafic de drogues ou un sanctuaire du terrorisme, ce n’est pas ce qui les préoccupe en réalité. Ils ont d’autres intérêts qu’ils défendent dans l’ombre. Il faut alors comprendre que ce «Serpent à deux tête» dénoncé par Mme Sall est aussi un animal de cirque que la France entretient pour faire pression sur le Mali et son gouvernement ! Pour quelle raison ?

Seul Sarkozy pourra répondre à cette question parce que la réponse est liée à l’élimination de Kadhafi qui a entraîné l’effondrement de la Jamahiriria arabe libyenne. Les conséquences sont dramatiques avec la prolifération des groupes terroristes et des réseaux de narcotrafiquants dans le Sahel, la recrudescence de la traite des humains entre les côtes libyennes et l’Europe… Il ne fait plus l’ombre d’un doute que la France a par exemple armé Boko Haram parce que le groupe TOTAL était menacé par des communautés remontées contre l’exploitation du pétrole dans le Delta du Niger (Nigéria), sans aucune contrepartie significative pour les populations locales. Et elle soutient le Mnla et ses alliés pour ses intérêts. C’est pourquoi l’Opération Serval a épargné Kidal ! C’est pourquoi elle fait aussi pression sur la Minusma pour exiger un retrait de la Plateforme des groupes armés des positions récemment reconquises. Parce qu’il s’agit d’une reconquête puisque la Cma est supposée se battre pour l’indépendance de l’Azawad dont Ménaka ne fait pas partie. Elle avait profité des événements de mai 2014 pour occuper ces villes, encouragée par le silence incompréhensible de la France et des ses alliés pourtant prompts à exiger de la Plateforme le respect des positions.

La communauté des Maliens des Etats-Unis d’Amérique a donc raison de rappeler à la Minusma qu’elle est mandatée pour appuyer les autorités du Mali à étendre et à rétablir l’administration sur toute l’étendue du territoire national. «…Nous nous demandons alors, quel est finalement le rôle de cette Minusma lorsqu’elle n’arrive pas à assumer les missions pour lesquelles elle a été mandatée», s’interrogent pertinemment les Maliens des Etats-Unis dans une déclaration au lendemain de la victoire de Gatia sur la Cma. Ils rejettent donc la déclaration du Représentant spécial du secrétaire général demandant le retour des parties à leurs positions initiales parce qu’ils la considèrent comme «une insulte» au peuple malien. «Nous continuons à nous demander pourquoi la Minusma n’avait pas exigé le retrait du Mnla et du Hcua après les combats du 23 mai 2014 à Kidal», dénoncent-ils.

S’assumer et mettre la Minusma dehors

Une façon de dire qu’ils en ont assez des manipulations, des montages, des mensonges, des crimes que les Occidentaux perpétuent sur le territoire malien sous la couverture d’une présence militaire visant à anéantir le terrorisme au Sahel. Personnellement, ce que nous avons tiré comme enseignement de ces derniers mois de crise, c’est qu’il est temps qu’on s’assume ! Les populations de Gao, Ménaka… ne cessent de nous montrer la voie à suivre ! Nous avons été trop conciliants avec cette fameuse communauté internationale partiale et cet «Amusement», pardon Minusma, qui n’a aucun intérêt à ce que la crise malienne finisse maintenant ! Nous voulons la paix, mais pas à tout prix. Il faut que cela se fasse dans le strict respect du peuple et de la nation. Si la Minusma a toléré le Mnla dans les villes du Nord après la déroute des forces armées maliennes en mai 2014, elle doit aussi laisser le Gatia sur ses positions. Surtout que contrairement à l’occupation du Mnla, les populations prennent la présence du Gatia comme une libération ! Mais, cette «milice» dérange parce qu’elle est en train de mettre à nu les desseins de la France au Mali voire dans le Sahel. Mais, si jamais la Minusma entreprend quoi que ce soit contre le Gatia dans le Nord du Mali, nous devons nous mobiliser tous pour mettre fin à son mandat ! Quel que soit le prix à payer !

Vu la situation actuelle, qu’est-ce qu’une présence de la Minusma nous apporte aujourd’hui comme gage de la paix et de la réconciliation ? Nous aurions plutôt tendance à dire que nous avons tout à gagner dans ce retrait parce qu’au moins nos troupes ne seront plus cantonnées dans leur propre pays. Alors que, au même moment, les trafiquants et leurs alliés terroristes sont libres de tout mouvement pour venir harceler nos populations. Des populations qui ne cessent aujourd’hui de manifester leur ras-le-bol de la présence de la Minusma et de Barkhane dans notre septentrion. Que la Mission onusienne s’assume ou qu’elle vide le plancher ! Les Maliens commencent en avoir marre !

Moussa BOLLY

Source: Le Reporter 13-05-2015

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