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Les beaux restes des mafias du Mali

Après son enquête fouillée sur « Aqmi, l’industrie de l’enlèvement » (Fayard, 2012), il fait le point dans un nouvel ouvrage sur « Les mafias du Mali » (Descartes, 2014).
Des réseaux qui ont été à l’origine de la grave crise traversée en 2012 - rébellion touarègue, coup d’Etat, sécession de l’Azawad, prise en main des villes du nord du Mali par les islamistes – suivie par l’intervention militaire française de janvier 2013.

Enquête sur la mort de Ghislaine Dupont et Claude Verlon

La menace n’a pas été anéantie, loin s’en faut. L’annonce hier de la mort de l’otage français Gilberto Rodriguez Leal le démontre encore. Ghislaine Dupont et Claude Verlon, deux journalistes français de RFI, ont également payé de leur vie, le 2 novembre 2013, une situation sécuritaire encore très instable à Kidal.

Ils ont été kidnappés quelques jours après la libération de quatre otages français enlevés en septembre 2010 à Arlit, au Niger – après versement d’une rançon de 30 millions d’euros payée cash, par sacs de grosses coupures déposés dans le désert par hélicoptère, depuis le Niger, comme le précise dans son livre Serge Daniel.

Après enquête, l’auteur reconstitue le rapt de ses collègues, dont le principal suspect est un Touareg de Kidal, Baye ag Bakabo. Ce trafiquant de carburant de 41 ans fait partie d’Ansar Dine, le groupe touareg islamiste qui a contrôlé Kidal pendant toute l’occupation du Nord-Mali par les jihadistes (avril 2012-janvier 2013).

Cet homme avait déjà été l’un des ravisseurs des otages français Philippe Verdon et Serge Lazarevic en novembre 2011. Il a manifestement oeuvré en amateur, loin du mode opératoire habituel d’Aqmi : son véhicule est tombé en panne, sans aucun pick-up de secours.

La France a aussi commis une grave erreur, que Serge Daniel ne manque pas de pointer entre les lignes. Le preneur d’otages a sans doute paniqué, en entendant les hélicoptères et deux Rafale lancés à sa poursuite dans le ciel de Kidal.

Les chances de vie des journalistes enlevés ont ainsi été réduites, comme l’avaient été celles d’Antoine de Léocour et Vincent Delory, les deux jeunes Français kidnappés à Niamey en janvier 2011, morts dans une course-poursuite infernale qui s’était très mal terminée.

Kidal reste une place-forte du terrorisme

Autre anomalie massive : le principal suspect, Baye ag Bakobo, a fui vers la frontière algérienne et serait revenu depuis à Kidal, où il serait protégé par les siens, selon les sources de Serge Daniel.

Et le journaliste de pointer une seconde erreur de la France : avoir vu dans le MNLA un allié possible, empêchant l’ordre d’être pleinement restauré à Kidal. Cette ville reculée du nord du Mali reste en effet l’épicentre du jihadisme au Sahel.

« Un rein d’Aqmi a été brisé,. Le second atteint. Mais la bête vit toujours. Beaucoup de combattants ont fui à pied, ils se sont dispersés. Délogés, ils ont changé de stratégie. Ils se rasent la barbe, se faufilent au sein de la population, se déplacent en petits groupes. A part Abou Zeid, tué par les forces tchadiennes, la quasi-totalité des chefs d’Aqmi sont en vie ».

Pire, de nouvelles recrues venues de Libye fin 2013 et début 2014, des Egyptiens et des Tunisiens, ont rejoint les katibas du Mali.

« Ils s’installent essentiellement dans la région de Kidal, qui devient de plus en plus l’antre du jihad sous-régional. Les services secrets du Mali et ceux du Niger sont très inquiets. »

Et leur capacité de nuisance est toujours réelle – y compris sur le territoire français, qu’ils visent par le biais de « frères » jihadistes basés en France – même si les projecteurs ne sont plus braqués sur le Mali.

Mourabitounes et secte des « pieds nus »

Serge Daniel dresse ce tableau précis et sombre, un an après l’intervention française.

« Janvier 2014, trois principaux groupes jihadistes, avec chacun une aile mafieuse, ont une base dans le nord du Mali : une branche d’AQMI, dont le chef est l’Algérien Yéyia Abou Hamame, la katiba “al-ansar” dont le chef est un Touareg malien, Abdelkarim Targui, et les Mourabitounes (en référence à la dynastie berbère des Almoravides), nées de la fusion entre le groupe de l’Algérien Mokhtar Belmokhtar (qui n’est pas mort, ndlr) et le MUJAO qui visent gros : devenir, après la mort d’Abou Zeid, le principal groupe d’islamistes dans le Sahel, et du coup, être adoubé par l’actuel numéro un d’Al Qaïda, l’Egyptien Ayman al-Zawahiri. »

Ces Mourabitounes ont d’ores et déjà un allié de taille, qu’on connaît mal en France mais qui fait peur au Mali : la secte islamiste des « pieds nus », dont les hommes ne portent pas de chaussures et les femmes arborent la burka.

Ils sont pour l’application stricte de la charia, contre les campagnes de vaccination et l’école pour les enfants – refusant le principe de l’éducation occidentale comme le groupe islamiste du nord Nigeria Boko Haram. Cette secte essaime au Mali, et compte déjà des bases en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso et en Guinée Conakry.

Rue 89 Sabine Cessou journaliste

Publié le 23/04/2014

Serge Daniel, correspondant de l’Agence France Presse (AFP) et de Radio France Internationale (RFI) à Bamako, où il vit depuis 1996, est l’un des meilleurs connaisseurs du Mali.

24 avril 2014

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