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Mali : les héroïnes d’une guerre invisible

Mali : les héroïnes d’une guerre invisible

Elles représentent seulement 4% des militaires déployés au Mali. Sur le terrain, les soldates ont vécu une guerre bien loin des conflits dépeints dans les films, ne côtoyant souvent aucun mort ni ennemi.

Rentrées en France après plusieurs mois passés au Mali, quatre femmes nous racontent cette guerre où la menace, pourtant réelle, est souvent imperceptible.

Janvier 2013, les premiers soldats débarquent au Mali. A bord de son avion transall, Adèle transporte une cinquantaine de militaires. « C'était le premier à se poser sur Gao, il y avait beaucoup d'effervescence pour préparer cette mission. Je m'attendais à voir des soldats postés partout », se souvient la jeune femme de 28 ans. Elle ne restera que dix minutes au sol, assez pour ressentir une légère montée d'adrénaline. Parmi les 150 femmes déployées sur place, Christelle, commando de l'armée de l'air, s'apprête à passer quatre mois avec treize kilos d'équipements sur le dos, dans un pays où la température peut atteindre 60 °C au soleil. Sur place, elle découvre un territoire inconnu, deux fois grand comme la France, en partie recouvert par le désert. Dans cet environnement, difficile de repérer l'ennemi.
« Je préfère être à ma place que sur le sol »

L'ennemi, la pilote Adèle ne l'a jamais vu. Malgré tout, le danger est palpable. « La plus grande menace, ce sont des manpads, des armes qui peuvent nous viser et toucher notre avion », nous confie-t-elle. Navigatrice sur avion de chasse (c'est-à-dire qu'elle se trouve à l'arrière de l'avion), Marjorie a notamment pour mission de tirer sur des bases terroristes. Des ennemis qu'elle ne voit jamais, mais dont la présence lui est signalée par les soldats au sol. « Au début il y a eu beaucoup de tirs, puis ça s'est calmé au fil du temps. Dans les montagnes de l'Adras des Ifoghas (au nord), c'est beaucoup moins facile de repérer les terroristes, car il y a beaucoup de grottes, des endroits où ils se cachent », nous explique-t-elle. Les deux pilotes s'accordent en tout cas sur un point : elles préfèrent être dans les airs qu'au sol, où le danger semble plus présent. « On ne fait pas exactement la même guerre, vu qu'on est en l'air, on est plus loin des conflits », reconnaît Marjorie. « Les airs, c'est notre environnement, on monte dans un avion comme on pourrait monter dans une voiture, on se sent protégée », précise Adèle.
« Le risque zéro n'existe pas, on y pense toujours »

Ce conflit, Mélanie l'a vécu les pieds bien ancrés sur terre. Infirmière basée près de l'aéroport de Bamako, elle reconnaît que « la plupart des journées, il y a beaucoup d'attente. Mais il faut être disponible 24 heures sur 24 ». En à peine deux mois passés au Mali, elle n'a soigné qu'un seul blessé grave, un soldat français touché par un explosif suite à une erreur de manipulation. Hormis cet accident, l'essentiel de son travail consiste à prendre en charge les soldats victimes de coups de chaleur. Christelle, elle, était membre d'un groupe commando de l'armée de l'air déployé dans une zone de 30 km2 autour de Bamako. Sur terre, le principal danger est lié aux IED, ces bombes artisanales qui se déclenchent à distance. « On a toujours cette adrénaline quand on sort. Le risque zéro n'existe pas, on y pense toujours », témoigne-t-elle.
Cette peur sournoise, les Maliens qu'elle a rencontrés la ressentent au quotidien. « Ils ont peur que l'on vienne les attaquer, les violenter. Le conflit aurait pu gagner Bamako, ces peurs étaient fondées », assure-t-elle. Environ un mois après le début de l'opération Serval, Christelle a enfin vu l'ennemi. Ce jour-là, son chef de groupe a reçu un appel lui signalant que des villageois avaient arrêté un djihadiste. Le suspect « était entouré de tout le village et de gendarmes maliens qui nous attendaient », se rappelle-t-elle. Elle décrit un homme « seul, armé, barbu et amaigri, avec une kalachnikov et plein d'argent dans les poches ». Pendant que les « costauds » de son groupe se sont chargés de l'arrêter, la commando est restée à distance, dans son véhicule. Au total, durant les quatre mois qu'aura duré sa mission, trois djihadistes isolés auront été arrêtés.
Des contacts limités avec la population

Pour repérer les terroristes autour de Bamako, Christelle était chargée de collecter des informations auprès des villageois. Après dix ans passés dans l'armée, elle a été surprise de l'accueil qui lui a été réservé. « Vous voyez la Coupe du monde 98 ? Et bien c'est pareil ! Dans le village, les habitants sont contents de voir la France, ils sont soulagés, dorment mieux. (....) », commente-t-elle. Un accueil enthousiaste que ses camarades auraient bien aimé rencontrer. « Je suis sortie de la base quelques fois, mais c'était extrêmement rare. C'est un petit peu frustrant, mais c'est la mission qui veut ça », regrette Mélanie, l'infirmière. En dehors de ses vols, Adèle ne quittait pas non plus l'aéroport où elle croisait parfois quelques militaires maliens. Un contact qui se résumait souvent à l'effet de surprise suscité par la présence d'une jeune femme parmi les militaires. « J'aurais pu être échangée contre quatre chameaux, j'ai essayé de négocier à cinq », plaisante la pilote. « Ils voulaient me prendre en photo parce qu'une petite blonde aux yeux bleus qui part dans un avion, ce n'est pas banal », renchérit Marjorie.
Le sas de décompression, cet « endroit paradisiaque »

Le retour en France peut parfois se révéler brutal. « Les problèmes du quotidien nous paraissent ridicules, constate Marjorie. On se dit que les gens sont déconnectés, qu'ils ne se rendent pas compte de ce qui se passe ailleurs. » Après quatre mois de mission, Christelle a saisi l'opportunité de passer trois jours à Chypre, le sas de décompression de l'armée. « C'est un endroit paradisiaque, cela permet de se relaxer, de parler à des psychologues, de profiter de la mer et de la piscine », nous confie la commando. « Si j'étais rentrée direct, j'aurais été énervée, fatiguée, alors que là ma famille m'a dit : "On pensait te voir pire !" » De retour en France, toutes gardent un regard sur l'évolution de la situation du Mali. En tant que militaires, elles n'ont pas l'autorisation de commenter le conflit. Mais si François Hollande a annoncé le 31 mai dernier que l'objectif de libérer le Mali de l'emprise des terroristes « a été atteint militairement et pratiquement » la Grande Muette a un avis plus réservé : « Ils ont repoussé le terrorisme, ce qui ne veut pas dire qu'il n'existe plus. »

http://www.elle.fr/Societe/News/Mali-les-heroines-d-une-guerre-invisible-2476260

guerre Mali

Marjorie, navigatrice d'avion de chasse. © Armée de l'air

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